Les réseaux sociaux « professionnels » sur Internet, un outil puissant de recrutement

Marc Mousli

Recruter des dirigeants à un million de dollars par an sur Internet, c'est possible. Les chasseurs de tête sont des adeptes des réseaux sociaux, que les autres entreprises regardent encore avec prudence.

 

« Si vous n'avez pas votre profil sur LinkedIn, vous n'existez pas. » C'est l'avertissement que lance le magazine américain Fortune aux chercheurs d'emploi. Il s'appuie sur la vague d'offres que lance Accenture, qui veut recruter cette année 50 000 techniciens, ingénieurs et experts, notamment des consultants en télécommunication, finance et systèmes d'information. Le responsable des recrutements de la multinationale du conseil compte en effet couvrir 40 % de ses besoins grâce aux « réseaux sociaux » sur Internet, avec une nette préférence pour LinkedIn, le seul qui compte pour les professionnels, Facebook ou MySpace étant considérés comme essentiellement ludiques et faits pour les échanges entre copains.

Pour un chasseur de têtes, les ressources offertes sur le Net sont impressionnantes. Sur LinkedIn, on trouve plus de 60 millions de profils, avec CV et projets de chaque membre. Contrairement à MySpace et Facebook, qui séduisent une majorité d'adolescents, et surtout les « post-ados », cette catégorie floue de jeunes à peine sortis du lycée mais ne se considérant pas encore complètement adultes, LinkedIn est le réseau des quadragénaires. Les études faites aux Etats-Unis montrent que l'adhérent moyen a 43 ans, qu'il est diplômé de l'enseignement supérieur et gagne 107 000 dollars par an (81 000 euros au cours de mai 2010), soit près de quatre fois le salaire moyen du pays.

L'utilisation du réseau social par les chasseurs de tête et les DRH n'est donc pas réservée aux postes de débutants. En 2008, Oracle, le leader mondial de l'informatique et des bases de données pour entreprises, a trouvé son directeur général adjoint chargé des finances (chez Oracle, on dit « Vice président, directeur financier »), Jeff Epstein, sur LinkedIn. Un recrutement sur le Net pour un dirigeant de très haut niveau, dont le salaire d'embauche était de 700 000 dollars par an, avec la possibilité de monter à 1,2 million avec les stock-options. En France, le recruteur aurait compulsé les annuaires des anciens élèves de quelques grandes écoles et passé de nombreux coups de téléphone à ses amis et contacts dans les milieux de l'informatique et de la finance.

En fait, le résultat n'est sans doute pas très différent de ce qu'aurait donné les méthodes classiques : Epstein a une expérience de vingt ans dans la finance ; il est diplômé de Yale, Phi Beta Kappa[1]et titulaire d'un MBA de Stanford.

L'avantage de LinkedIn est de fournir instantanément une quantité importante d'informations sur chaque membre inscrit, et surtout que ces données soient pertinentes et fiables. Ce qui donne une indéniable supériorité au réseau professionnel par rapport aux Facebook ou MySpace.

Le point commun des réseaux sociaux, celui qui les rend précieux pour les chasseurs de têtes, est leur principe même : nombre d'adhérents connus ou facilement identifiables sont membres d'un ou plusieurs groupes auxquels ils donnent un accès facile. Le recruteur peut ainsi entrer en contact avec des gens ayant des profils proches, dont il ignorait l'existence. Ce qui lui permet de « faire son marché » parmi les anciens élèves de grandes écoles plus facilement qu'avec un simple annuaire. Si, par exemple, on cherche un HEC spécialiste de développement durable, le groupe « HEC Paris » sur LinkedIn  réunit près de 7 000 profils, et il existe un sous-groupe d'une quarantaine d'anciens élèves actifs dans ce domaine précis.

Marc Mousli
 Notes
  • (1) club élitiste recrutant les meilleurs étudiants, et qui fonctionne comme un réseau traditionnel du type Lions' Club ou Rotary
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