Faut-il limiter le salaire des patrons ?

Marc Chevallier

Le gouvernement a annoncé mi-juin l'encadrement, dans une échelle de 1 à 20, des rémunérations des dirigeants d'entreprise dont il détient la majorité du capital. Leurs revenus fixe et variable ne pourront donc pas dépasser les 450 000 euros brut annuels (soit 37 500 euros par mois). Une mesure qui ne s'appliquera qu'aux mandataires sociaux des entreprises détenues par l'Etat et à leurs filiales les plus importantes. Seule une vingtaine de dirigeants dépassent ce plafond et verront donc leurs rémunérations baisser, dont les patrons d'EDF, d'Areva, de La Banque postale et de la Caisse des Dépôts. Le gouvernement entend aussi donner des instructions similaires dans les entreprises où l'Etat est minoritaire, comme France Télécom, et espère inspirer de meilleures pratiques dans les entreprises privées. Il a annoncé par ailleurs vouloir légiférer à l'automne sur les rémunérations annexes, comme les retraites chapeaux ou les stock-options.

Excès non maîtrisés

Est-il nécessaire que l'Etat intervienne pour limiter le salaire des patrons ? Oui, dans la mesure où, laissé à lui-même, le marché produit des écarts de rémunérations injustifiables sur le plan économique comme sur le plan social. Alors qu'au début du XXe siècle, le banquier J.P. Morgan préconisait un écart salarial au sein des entreprises de 1 à 20, celui-ci atteint en moyenne 1 à 211 pour 37 patrons du CAC 40 en 2011. La crise a à peine rogné ces émoluments, même pour les patrons dont les performances ont été mauvaises, tel Lars Olofsson, ancien PDG de Carrefour, dont la retraite chapeau et la clause de non-concurrence de 1,5 million d'euros font actuellement scandale. Et malgré les promesses du patronat français depuis une dizaine d'années, ces excès n'ont jamais cessé.

Mais en limitant les salaires, ne prend-on pas le risque de faire fuir les talents ? C'est l'argument du patronat et des économistes libéraux : le salaire maximum va priver les entreprises publiques de leurs meilleurs capitaines, et s'il s'appliquait aussi aux entreprises privées, leurs dirigeants se feraient embaucher à l'étranger ou leurs sièges sociaux seraient délocalisés.

Printemps des actionnaires

Cette idée d'un marché international des grands patrons fluide et ouvert est largement théorique. En pratique, les différences culturelles restent importantes, même au plus haut niveau. Par ailleurs, les rémunérations extravagantes des patrons exaspèrent aussi les actionnaires : un véritable " printemps des actionnaires " agite en effet les assemblées générales de nombreuses sociétés américaines et européennes depuis le début de l'année, forçant certains dirigeants à réduire leurs prétentions. Au Royaume-Uni et aux Etats-Unis, les assemblées générales possèdent en effet un droit de vote consultatif à ce sujet, mais pas en France. L'adoption de ce principe du say on pay est un axe auquel réfléchit actuellement le gouvernement. Un moyen plus sûr de faire baisser ces rémunérations reste cependant la nouvelle tranche d'imposition à 75 % applicable sur la tranche de revenus supérieure à un million d'euros qui devrait être mise en place en 2013.

Dessin de Gérard Mathieu (www.mathieu-dessins.com/)

Dessin de Gérard Mathieu (www.mathieu-dessins.com/)
Marc Chevallier
Articles/Faut-il limiter le salaire des patrons ? ( n°107 )