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Inflation

Hausse cumulative de l'ensemble des prix.

 

Commentaire:
Il ne suffit pas que l'on constate une hausse de prix pour qu'il y ait inflation. Par exemple, si les prix du pétrole subissent un choc à la hausse, il n'y a pas inflation tant que ce choc ne touche que le pétrole et ses dérivés. En revanche, si cette hausse est répercutée plus ou moins sur l'ensemble des produits dont la production implique l'utilisation de pétrole, il y a bien inflation: parce que cette hausse touche un grand nombre de produits (hausse d'ensemble) et parce que, selon toute vraisemblance, la hausse de ces prix va entraîner à terme un réajustement des salaires, donc la hausse d'autres prix, le tout dans un mécanisme de type cumulatif.
L'inflation se mesure par la hausse des prix, mais elle ne s'y réduit pas. On peut avoir une situation d'inflation contenue grâce à l'action publique (par exemple, les pouvoirs publics bloquent les prix, ou réduisent la TVA pour compenser): la pression à la hausse ne se manifeste plus explicitement, elle n'en subsiste pas moins. L'inflation contenue se manifeste alors par d'autres indices que la hausse des prix: liste d'attente, pénuries, dessous de table, etc. L'inflation peut avoir des causes initiales extérieures (par exemple, une dévaluation de la monnaie nationale engendre une hausse des prix des produits importés): mais, très vite ces causes extérieures se transmettent aux mécanismes intérieurs, si bien que l'inflation importée se transforme en une inflation classique.
Les rythmes de hausse de prix ont généralement tendance à s'accélérer si rien n'est fait pour contenir l'inflation: en effet, pour se prémunir d'une hausse qu'ils anticipent, tous ceux qui ont la possibilité de fixer le niveau de leurs prix ont tendance à augmenter ces prix avant qu'ils ne subissent la hausse de leurs coûts: à l'inflation purement mécanique, induite par la hausse des coûts, s'ajoute donc une inflation additionnelle, liée à un comportement d'anticipation. Mais le produit des deux fait que, d'un tour à l'autre, le rythme de hausse des prix tend à augmenter. Au bout du compte, il n'est pas impossible que l'inflation finisse par donner naissance à une hyperinflation, c'est-à-dire une situation telle que chacun, se défiant de la monnaie nationale dont le pouvoir d'achat diminue de jour en jour, finisse par recourir à d'autres instruments de fixation des prix (cigarettes, dollar, voire troc pur et simple). Ainsi, une inflation qui dégénère risque de détruire le mécanisme même des échanges: ce fut le cas en Allemagne entre 1924 et 1926, ou encore entre 1945 et 1947. Inversement, une hausse modérée et régulière des prix, de l'ordre de 1% à 3% par an, traduit essentiellement les ajustements liés au renouvellement des produits.
Les analyses traditionnelles de l'inflation distinguent l'inflation par la demande, l'inflation par les coûts et l'inflation structurelle. La première serait issue d'un excès de la demande par rapport à l'offre: lequel excès ne peut guère trouver son origine que dans une émission de monnaie, c'est-à-dire un crédit trop abondant qui stimule à l'excès la demande. L'inflation par les coûts trouverait son origine dans une hausse autonome des coûts: par exemple, le coût des produits importés, à la suite d'une dévaluation, ou une hausse excessive de la masse salariale. Quant à l'inflation structurelle, elle serait due à l'inefficacité de certains mécanismes: par exemple, un excès d'intermédiaires dans le circuit de la viande, la constitution d'un cartel ou d'une entente dans certaines branches, etc. Ces explications ne sont sans doute pas fausses, mais elles demeurent partielles: la première attribue la responsabilité de l'inflation à la monnaie, la seconde aux syndicats, la troisième à une concurrence insuffisante. Une explication plus synthétique paraît être possible: l'inflation serait due à des conflits dans la répartition du revenu national, certains groupes exerçant une pression pour améliorer leur part. Pour éviter que le conflit ne dégénère, la solution la plus simple est de donner satisfaction à ceux qui réclament, et à augmenter les prix pour récupérer d'une main ce qui a été donné de l'autre. L'inflation serait alors la soupape de sécurité de sociétés conflictuelles, dans lesquelles, faute de régler explicitement la question de la part de chaque groupe social dans la répartition, l'inflation devient le mode d'ajustement de revendications mutuellement incompatibles.



Date de mise à jour : 22/01/2010




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