Six milliards sur la planète: sommes-nous trop? Michel Husson

Six milliards sur la planète: sommes-nous trop?, Michel Husson
Coll. La Discorde, éd.Textuel, 174p., 110F (16,80 euros).

Guillaume DUVAL
Alternatives Economiques n° 181 - mai 2000

Il faut parfois se méfier des ouvrages qui ne paient pas de mine. Ceux que les querelles de statisticiens et de démographes ennuient auraient sans doute la tentation d'écarter a priori ce livre. Pourtant, derrière l'angle d'attaque affiché, c'est en fait l'ensemble des relations entre l'homme et la nature qu'aborde Michel Husson. Et de manière remarquable. A la fois par la maîtrise des auteurs et des données et par la clarté de l'exposé. Sur le plan démographique, il développe une thèse bien connue des lecteurs d'Alternatives Economiques: les difficultés malheureusement très réelles que rencontrent de nombreuses populations des pays du Sud relèvent beaucoup plus de problèmes de répartition des richesses et des conséquences de la violence politique que de surpopulation à proprement parler. Il critique ensuite les positions fondées sur l'hypothèse de limites naturelles à l'activité humaine et sur une dialectique entre l'homme et une nature qui lui serait extérieure. Une critique radicale: "Quitte à choquer terriblement, on se risquera à soutenir que l'humanité peut vivre sans baleines et sans tortues, comme elle a appris à vivre sans dinosaures."

Mais cette critique passe car, sérieusement fondée et argumentée, elle est exprimée d'un point de vue qui n'a rien de productiviste. "La grandeur de l'espèce humaine réside précisément dans sa capacité à se fixer des objectifs qui vont au-delà de sa propre survie. Il y a un fond réactionnaire dans toute position qui cherche à asseoir une politique écologiste seulement sur des objectifs de survie, car c'est supposer que seule la défense des intérêts matériels de l'espèce constitue une justification recevable." Et Michel Husson d'enchaîner par une critique sévère, elle aussi solidement étayée, des économistes convertis à l'écologie, qui s'imaginent pouvoir résoudre tous les problèmes de la planète à coups de taxes et de permis négociables. On ne sait pas et on ne saura jamais faire ainsi, car la vie n'a pas de prix.

Mais l'art est plus difficile que la critique. La partie propositions de l'ouvrage, un plaidoyer pour la "planification démocratique" comme remède à l'incapacité irrémédiable du marché à intégrer les contraintes écologiques, laisse plus dubitatif. Le moins qu'on puisse dire, c'est que le régime soviétique n'a guère fait la preuve de la supériorité d'une économie planifiée sur l'économie de marché, en termes de développement soutenable. Son régime politique n'avait cependant, il est vrai, pas grand-chose à voir avec la démocratie.

Six milliards sur la planète: sommes-nous trop?, Michel Husson
Coll. La Discorde, éd.Textuel, 174p., 110F (16,80 euros).

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