Pourquoi l'obsession des 3 % va faire plonger la zone euro

Guillaume Duval
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Malgré les effets bénéfiques attendus de l’action de la Banque centrale européenne, le pire est à prévoir pour la zone euro si la France s'obstine à mettre en œuvre sa politique d'austérité drastique.

Le gouvernement de Jean-Marc Ayrault a programmé pour l’an prochain un tour de vis budgétaire sans précédent pour ramener d’un coup les déficits publics français de 4,5 % du PIB à 3 % (ce qui revient à retirer brutalement 30 milliards d’euros du circuit économique). Cette action risque de plonger une économie française déjà flageolante dans la récession et de faire exploser le chômage alors que le record de 1997 vient tout juste d’être dépassé ainsi que la barre des 5 millions d’inscrits à Pôle emploi. Mais cela risque aussi et surtout de faire plonger l’ensemble de la zone euro dans une sévère dépression.

En effet, jusqu’ici seule la consommation des Français a permis d’éviter que la zone euro ne s’enfonce dans une récession beaucoup plus grave encore au moment où l’Espagne (4e économie de la zone) et l’Italie (3e économie) replongeaient depuis 2010. Cette bonne tenue de la consommation française est liée notamment à l’austérité budgétaire très modérée mise en œuvre par le gouvernement de Nicolas Sarkozy pour 2012 du fait des échéances électorales. Malgré leur relative bonne santé économique, liée en particulier à leurs exportations hors zone euro, nos voisins allemands n’ont pas en réalité desserré leur ceinture de façon significative. Le fait que les Français aient assumé seuls depuis deux ans la fonction de « consommateurs en dernier ressort » de la zone euro n’est évidemment pas sans inconvénient pour l’économie de l’Hexagone : cet état de fait entretient en particulier un lien étroit avec la dégradation des comptes extérieurs du pays. Une dégradation qui ne peut pas se prolonger indéfiniment.

Le tour de vis budgétaire sans précédent programmé l’an prochain risque toutefois d’y mettre un terme brutal en entraînant un recul de la consommation des Français. Certes, la consommation ne fait pas le bonheur et elle entraîne dans certains domaines des gaspillages et des atteintes à l’environnement dont on pourrait volontiers se passer, mais son niveau global (qui inclut également la consommation de services publics) entretient malgré tout un lien étroit avec l’activité économique et donc l’emploi (et le chômage…).

Parallèlement, la plus stricte austérité sera maintenue (voire aggravée) en Espagne, en Italie et dans les autres pays en crise tandis qu’il n’y a aucun signe que nos voisins allemands soient prêts à prendre notre relais en termes de consommation. Au contraire, ils s’apprêtent même plutôt à se serrer de nouveau davantage la ceinture, eux aussi, compte tenu de la dégradation de la situation dans les pays émergents et de la stagnation correspondante de leurs exportations. Dans ces conditions, du fait de la forte et nouvelle austérité française, le pire est à prévoir pour l’économie de la zone euro, et cela malgré les effets bénéfiques attendus de l’action de la Banque centrale européenne vis-à-vis des titres de dette des pays en crise…

Guillaume Duval
Articles/Pourquoi l’obsession des 3 % va faire plonger la zone euro ( n°105 )