Management : la décennie 2010 sera meilleure que les années 2000

Marc Mousli

Le changement de décennie offre l'occasion de prendre du recul sur le management des années 2000, et de supputer ce qu'il en sera durant les années 2010. 

Par Marc Mousli, chercheur associé au Lipsor (Cnam-Paris) et chroniqueur régulier sur www.alternatives-economiques.fr

Retrouvez ses chroniques précédentes, consacrées à l'actualité du management et de la gestion.

Les premiers jours de janvier sont propices aux bilans. L'exercice manquerait d'intérêt s'il se limitait à l'année. En revanche, le changement de décennie offre l'occasion de prendre du recul sur les méthodes et les modes qui ont occupé les consultants en management et rempli les rayons des librairies spécialisées pendant les années 2000.

La valeur pour l'actionnaire est en baisse, et le « bon gouvernement » supplante la corporate governance

La valeur pour l'actionnaire, mesurée par l'EVA (valeur ajoutée économique), aura été la vedette des années 1990, portée par les principes de la « corporate governance » (gouvernement d'entreprise). Elle a commencé la décennie 2000 au sommet de sa popularité et l'a terminée nettement moins bien placée dans le hit-parade des méthodes de management ! La « gouvernance » est restée, mais avec des nuances éthiques la rapprochant du « bon gouvernement » qu'illustre la célèbre fresque du XIVe siècle, dans le Palais public de la ville de Sienne.

La gestion du risque, valeur sûre dans l'édition… et discutable dans l'application !

Autre préoccupation constante : la gestion du risque. Jamais on n'en a autant parlé. De nombreuses entreprises se sont dotées de « risk managers », d'âpres débats ont opposé partisans et adversaires du « principe de précaution », et une bibliographie réalisée par le centre de documentation de l'ENA recense près de 150 ouvrages sur le risque, publiés entre 2000 et 2008 (sans compter les revues). Les dix-huit mois terribles que nous venons de vivre permettent de penser que ces livres et rapports n'ont pas été d'une grande utilité pratique !

Le management et Internet : un couple solide, malgré les turbulences

Internet a été la vedette ambivalente des années 2000. C'est une révolution inouïe dans tous les domaines, y compris le management, mais l'économie numérique dont elle est le fleuron a mal commencé la décennie avec l'éclatement de la bulle et la crise qui s'en est suivie entre 2000 et 2005. Internet a rattrapé le temps perdu avec la croissance exponentielle des smartphones et des « tablettes », l'explosion du Web 2.0 et des réseaux sociaux et la multiplication des outils de travail collaboratif à distance. Il est certain que la progression et l'innovation tous azimuts se poursuivront à un rythme soutenu dans les prochaines années.

Le développement durable, starlette des années 2000, star de la prochaine décennie

Le développement durable est monté en puissance dans les entreprises pendant les années 2000. Comme Internet, il est « né » au milieu des années 1980. L'expression remonte à 1987[1], et a commencé à avoir du sens en 1992, à la Conférence de Rio, avec les engagements pris par le secteur public sous la forme de l'« Agenda 21 ».

Dans les entreprises, le développement durable a connu des débuts difficiles. La quasi-totalité des dirigeants a accueilli le terme comme la énième fantaisie des environnementalistes anglo-saxons, ne concernant en rien les gens qui travaillaient sérieusement. Vers la fin des années 1990, quelques grandes sociétés ont néanmoins compris qu'il valait mieux afficher une certaine sensibilité à ce nouveau concept, dont elles ont confié la gestion à leur direction de la communication. Un premier virage a été pris au début de la décennie 2000 avec la loi sur les nouvelles régulations économiques (dite NRE), qui a obligé les sociétés cotées à rendre compte dans leur rapport annuel de leur gestion sociale et environnementale. L'application de la loi n'a été ni massive ni enthousiaste, mais grâce à elle, les entreprises ont commencé à saisir ce que recouvrait l'expression « développement durable ».

Les années 2000 ont constitué une période d'apprentissage pour les dirigeants. Il est permis d'espérer qu'un nombre significatif d'entre eux a compris que le développement durable, ce n'est pas seulement la protection du tigre du Bengale et du gecko à queue feuillue, et que ses trois « piliers » sont au cœur de leurs affaires : l'économique, le social et l'environnemental. Une étape décisive sera franchie avec la publication, en septembre 2010, de la norme ISO 26000 sur la responsabilité sociétale des organisations. Elle fournira des règles et des méthodes pour les sept domaines du développement durable : la gouvernance, les droits de l'homme, les relations et conditions de travail, l'environnement, la bonne pratique des affaires, les relations avec les consommateurs et l'engagement sociétal. Simple référence, au départ, on peut imaginer qu'elle prendra de l'autorité au fil des années.

Ce processus est comparable à la montée en puissance du management de la qualité : les précurseurs (Joseph Juran et William Deming) l'ont diffusé au Japon dans les années 1950-1960, puis aux Etats-Unis dans la décennie 1970. Les normes internationales sont sorties en 1987, et dix ans plus tard, il était difficile d'obtenir un marché important sans être certifié ISO 9000. Un parcours d'une quarantaine d'années. On devrait faire mieux avec le développement durable, moins de vingt-cinq ans s'étant écoulés entre le rapport Brundtland et la publication prochaine de la norme internationale. Si tout se passe bien, les bonnes pratiques seront peut-être d'application générale dans les premières années de la décennie 2020…

Marc Mousli
 Notes
  • (1) Rapport de la Commission mondiale des Nations unies sur l'environnement et le développement, présidée par Madame Gro Harlem Brundtland, dit rapport Brundtland, présenté en avril 1987
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