Les inégalités face aux retraites

Noam Leandri et Louis Maurin
Article Web - 17 juin 2010

Les inégalités salariales se prolongent après le départ à la retraite, puisque les pensions des retraités reflètent les sommes cotisées pendant la vie active. L'Observatoire des inégalités vient de publier son estimation des montants perçus par chaque catégorie professionnelle en prenant en compte leur espérance de vie respective.

Extrait de l'article publié initialement sur le site de l'Observatoire des inégalités.

Proportionnalité entre cotisation et pension oblige, un cadre à la retraite reçoit un montant total de pensions de retraite − cumulé tout au long de sa vie, voir graphique − trois fois plus élevé qu'un ouvrier. Alors que le premier peut compter en moyenne sur un total de 816 000 euros selon nos calculs, le second ne touchera que 282 000 euros. Normal ? Injuste ? Quoi qu'il en soit, la hausse de l'âge légal, qui pénalise au premier chef ceux qui ont commencé à travailler tôt, est la mesure la plus inégalitaire.

Retraites et inégalités : les facteurs en jeu

Le premier facteur qui alimente les écarts de pension est lié à leur mode de calcul. Les retraites étant proportionnelles aux niveaux des salaires, les inégalités de retraite reflètent d'abord les écarts qui existent en matière de fiches de paie. Mais les mécanismes du système de cotisations permettent aussi aux cadres de toucher plus, car ils cotisent davantage pour la partie dite « complémentaire » de la retraite.

Le système de retraite français est en effet composé de deux étages : un régime de base et un régime complémentaire. Dans le secteur privé, la pension du régime général de la Sécurité sociale équivaut à la moitié du salaire perçu au cours des 25 meilleures années, avec un plafond fixé en 2010 à 2 885 euros par mois. Dans la fonction publique, la pension équivaut aux trois quarts du dernier salaire (hors prime). En outre, un régime additionnel créé en 2003 permet aux fonctionnaires de cotiser un peu sur les primes qu'ils perçoivent en plus de leur traitement. Le régime complémentaire du privé sert à cotiser sur la partie élevée du salaire à un taux plus important (20 % environ). Enfin, d'autres systèmes permettent d'utiliser une partie de son épargne pour financer ses vieux jours.

Espérances de retraite par catégorie sociale

Le deuxième facteur qui explique les inégalités est la durée de vie. En moyenne, à l'âge de 60 ans, un cadre peut espérer vivre 23,3 ans, un ouvrier 17,4. Soit six années ou un tiers de pensions de retraite de plus. Les écarts d'espérance de vie en bonne santé sont encore plus grands. A 35 ans, l'écart d'espérance de vie entre cadres supérieurs et ouvriers est de six ans, mais il est de dix ans pour l'espérance de vie sans incapacités. Les écarts entre milieux sociaux tendent même à s'accroître chez les hommes ; les raisons en sont complexes, allant des habitudes de vie (alimentation par exemple) aux conditions de travail, en passant par le rapport au système de soin qui varie d'une catégorie sociale à l'autre.

Lisez la suite sur le site de l'Observatoire des inégalités.

Noam Leandri et Louis Maurin
Article Web - 17 juin 2010
Articles/Les inégalités face aux retraites ( n°052 )