Inverser la courbe du chômage : et après ?

Pierre Concialdi, chercheur à l'Institut de recherches économiques et sociales

C'est devenu le leitmotiv du gouvernement : il faut "inverser la courbe du chômage" avant la fin de l'année. La montée en charge des emplois aidés (notamment avec l'élargissement des emplois d'avenir aux jeunes qualifiés) devrait aider le gouvernement à progresser vers son objectif volontariste. Le léger rebond de la croissance annoncé par l'Insee pour le second trimestre de l'année (+ 0,5 %) devrait aussi aller dans ce sens, même si on est encore loin de la croissance nécessaire pour que l'économie parvienne à créer des emplois (au minimum 1,5 %, contre un "acquis" de 0,1 %).

A cette panoplie, le président de la République a ajouté un nouvel "outil" en décidant de s'attaquer à la question des emplois non pourvus. On sait pourtant que cette question est un faux problème qui sert, au pire, à stigmatiser encore davantage les chômeurs (comme le faisait Nicolas Sarkozy) et, au mieux, à afficher un peu de volontarisme politique [1]. François Hollande a ainsi déclaré vouloir prendre cette question "par les cornes" en s'engageant à porter à 100 000 le nombre de formations à ces emplois (soit 30 000 en 2013 et 70 000 en 2014). Pourquoi pas. Mais les chômeurs n'ont pas attendu le plan gouvernemental pour demander des formations qui leur sont souvent refusées. Un refus qui commence à apparaître de façon significative parmi les motifs de contentieux qui opposent les chômeurs à Pôle emploi [2], de même que le défaut d'accompagnement. Sur ce dernier point d'ailleurs, les indicateurs récemment publiés par Pôle emploi dans le cadre de la convention tripartite Etat-Unedic-Pôle emploi 2012-2014 montrent que le volume des effectifs consacrés à l'accompagnement des chômeurs reste inférieur de 30 % à l'objectif fixé pour 2014.

Davantage de contrats aidés et de formations, un meilleur accompagnement, tout cela peut permettre d'endiguer la montée du chômage et d'inverser la courbe. Mais ces mesures sont loin d'être à la hauteur du problème.

Que l'on se tourne vers les chiffres de Pôle emploi (5,7 millions de demandeurs d'emploi inscrits au deuxième trimestre 2013) ou vers ceux de l'Insee (environ 5,5 millions de personnes au chômage, en sous-emploi ou souhaitant travailler à la même période), la pénurie d'emplois n'a jamais été aussi massive. Pour un gouvernement qui souhaite dresser des perspectives à dix ans, il est nécessaire de prendre des mesures structurelles pour retrouver le plein-emploi. Et la croissance ne peut plus être l'unique planche de salut. La réduction collective du temps de travail demeure le seul levier qui, à moyen et long termes, peut permettre d'atteindre cet objectif. Reste à savoir si, parmi les ministres qui ont réfléchi pendant l'été à la France de 2025, certains ont eu le réalisme et le courage politique de la proposer.

Pierre Concialdi, chercheur à l'Institut de recherches économiques et sociales
 Notes
  • (1) "Chômage et emplois vacants : démagogie, manipulations statistiques et idéologie", Note ACDC n° 7, juin 2011 (http://acdc2007.free.fr/76011.pdf).
  • (2) Rapport 2012 du médiateur de Pôle emploi, avril 2013.
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