Ce que coûte la formation d'un manager "d'élite"

Marc Mousli

 

Plusieurs débats récents sur notre système d'enseignement supérieur ont posé la question de la formation des élites. De Stanford (Californie) à Jouy-en-Josas et Cergy-Pontoise, qu'en est-il ?

 

La place respective de l'Université et des grandes écoles dans la formation des élites et la possibilité d'accès de tous les jeunes aux formations les plus ambitieuses ont fait l'actualité de ces dernières semaines.

Sans vouloir intervenir dans le débat, il peut être intéressant de l'éclairer avec quelques données chiffrées, en traitant l'acquisition d'un master en management comme un investissement : qu'est-ce que ça coûte et qu'est-ce que ça rapporte ?

La Stanford Graduate School of Business propose un programme de master (Sloan Master's Program) qui fait rêver les jeunes managers ambitieux. Le campus de l'université de Stanford, sur la côte ouest des Etats-Unis, fournit le décor : palmiers, pelouses impeccables, architecture pittoresque mariant le néo-roman et l'hispanique… et, en prime, le climat agréable de la Californie.

Mais que fait-on dans ce cadre de rêve ?

La journée type de l'étudiant du Sloan Master's Program

La direction du programme de master ne prend pas ses candidats en traître. Sur un ton amical mais sérieux, elle présente sur son site une journée type de l'étudiant moyen [1] :

-       6 h à 8 h : les lève-tôt préparent les cours de la journée et les réunions des groupes d'étude ;

-       8 h à 10 h : travail de groupe, le programme utilisant beaucoup la méthode des « cas » ;

-       10 h à 11 h 45 : premier cours magistral de la journée (ce jour-là, « Organisation ») ;

-       Pause de midi : les étudiants achètent de quoi déjeuner et se réunissent dans leur amphi pour une spécialité américaine, la « conférence sandwich » (Brown Bag Lunch Presentation), exposé par un professeur, moins formel que le cours magistral, ou conférence par un dirigeant d'entreprise ;

-       13 h 20 à 15 h 20 : second cours magistral (ce jour-là, «·Finances et comptabilité ») ;

-       15 h 20 à 17 h 05 : travaux dirigés de modélisation et d'analyse ;

-       17 h 05 à 21 h : temps d'étude, dîner, vie sociale ;

-       21 h à 2 h du matin : étude et préparation des cas pour le lendemain. La direction rassure les étudiants : s'ils ont un éclaircissement à demander à l'un de leurs camarades à minuit et demi, ils peuvent l'appeler sans hésiter, car il est lui aussi devant son ordinateur.

140 000 dollars, plus l'argent de poche…

Si les journées sont chargées, c'est sans doute parce que le programme permet d'obtenir un MS (master of science) de management en un an, alors que la plupart des universités l'étalent sur deux années. Mais c'est aussi qu'il faut rentabiliser l'effort financier : 140 000 dollars, d'après les simulations de l'administration universitaire, dont 102 400 de frais de scolarité et 13 900 de loyer (sur le campus).

L'étudiant qui finance lui-même ses études peut obtenir un prêt. S'il emprunte 140 000 dollars, au taux actuel, il lui faudra rembourser 1 600 dolars par mois pendant dix ans.

Une admission très sélective

Il ne faut pas croire − ce dont rêvent parfois quelques candidats asiatiques − qu'il suffit de payer pour obtenir le diplôme. Pour accéder aux pelouses vertes et aux palmiers californiens, la sélection est sérieuse. Le programme, qui dure dix mois et demi, à plein temps, s'adresse à des étudiants ayant un diplôme de premier cycle universitaire, et un minimum de huit ans d'expérience professionnelle « couronnée de succès » − à l'appréciation du jury.

De plus, il faut réussir un test d'admission, le GMAT (Graduated Management Admission Test), et, pour ceux qui n'ont pas été éduqués en anglais, le TOEFL (Test Of English as a Foreign Language), examen international d'évaluation du niveau d'anglais universitaire. Il faut aussi produire trois lettres de recommandation, dont une signée d'un dirigeant de l'organisation où travaille le candidat − le directeur général si les frais de scolarité sont payés par son entreprise.

Et en France ?

Le coût d'une année de master ou de MBA, évalué de la même façon que celui d'une année à Stanford, est à HEC de 20 800 euros, dont 12 600 de frais de scolarité, et de 23 000 euros à l'Essec, dont 13 500 de frais de scolarité. Le diplôme en deux ans revient donc à environ 45 000 euros. On est loin des tarifs californiens… et l'emploi du temps est moins chargé.

L'investissement est-il rentable ?

Le salaire annuel médian des titulaires du master en management de Stanford est de 120 000 dollars, avec deux domaines payant mieux que les autres : les services financiers (150 000 dollars) et le conseil (125 000 dollars)[2]. Le manager américain moyen[3] gagne 92 000 dollars par an. La différence est donc de l'ordre de 30 % à 60 %. Le haut de la fourchette de Stanford étant occupé par la finance, on peut, en 2010, y mettre un bémol !

En France, les salaires médians, au bout de trois ans d'ancienneté (ce qui n'est pas comparable en valeur absolue avec ceux des Américains passés par Stanford, plus avancés dans leur carrière), sont de 53 500 euros pour HEC et de 52 500 euros pour l'Essec, contre 40 000 euros pour un master de gestion obtenu à l'université (45 500 euros pour Paris-Dauphine)[4].

Un gain moyen de 30 % à 40 %, donc, pour une formation très sélective, des deux côtés de l'Atlantique.

10 février 2010

Marc Mousli
 Notes
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