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Anticipations rationnelles

Le courant des anticipations rationnelles (représenté notamment par Thomas Sargent et Robert Lucas, qui a obtenu le prix de sciences économiques de la Banque de Suède en mémoire d'Alfred Nobel, dit «prix Nobel d'économie», en 1995) ne prétend pas que l'on puisse éliminer l'incertitude, mais que les agents utilisent toute l'information dont ils disposent pour anticiper. Et que, ce faisant, ils convergent vers une même attente: si l'Etat, par exemple, s'efforce de leur faire croire qu'il est possible de dépenser plus tout en réduisant les impôts, ils n'y croiront pas, car les expériences passées montrent que ce genre d'affirmation s'est toujours soldé par une hausse des impôts, hausse à laquelle ils vont se préparer en dépensant moins. Résultat: même si, effectivement, l'Etat s'apprêtait à réduire les impôts pour relancer l'activité en gonflant la dépense privée, le comportement spontané des agents guidés par leurs anticipations rationnelles –moins de dépense privée– va annuler l'effet engendré par l'action publique. Ce qui revient à dire que la politique économique est impuissante, qu'elle est paralysée par les adaptations des agents en raison de leurs anticipations rationnelles. Mieux vaut laisser faire que tenter de faire quelque chose qui sera presque toujours condamné à l'échec: le courant des anticipations rationnelles modernise la vieille analyse libérale du laisser-faire.

 

Débat méthodologique:
L'école des anticipations rationnelles est l'une des branches de ceux que l'on regroupe désormais sous l'appellation de «nouveaux classiques»: comme l'école classique (d'Adam Smith à David Ricardo en passant par Jean-Baptiste Say), ils raisonnent en termes macroéconomiques (les grandeurs globales, à l'échelle nationale) et croient aux vertus de la «main invisible» (l'Etat ne joue qu'un rôle nul ou secondaire dans les échanges). Mais cette école met en outre en avant les capacités calculatrices des agents et le fait qu'ils tiennent compte des leçons du passé. Mais alors, comment expliquer que les «bulles spéculatives» se répètent, que la politique économique n'est pas aussi dépourvue d'efficacité que le prétendent les «nouveaux classiques», que le libre fonctionnement des marchés débouche sur des fluctuations d'activité importantes et que des crises puissent éclater? La réponse des nouveaux classiques est double: soit c'est l'Etat qui, en réalité, par sa politique irresponsable, a empêché que les mécanismes du marché fonctionnent correctement, soit ce sont des phénomènes extérieurs à l'économie («exogènes») qui jouent. On ne peut s'empêcher de penser qu'il s'agit là d'explications un peu trop courtes pour être «rationnelles».



Date de mise à jour : 22/01/2010




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