1968-2018: les cinquante ans qui ont révolutionné la France


Alternatives Economiques n° 378 - avril 2018

  • Mai 68, le terreau de la révolte

    A la veille des événements de mai 1968, la météo économique était au beau fixe : une forte croissance, un net progrès social et une stabilité politique pas vue depuis longtemps. Mais, en profondeur, de nombreuses perturbations détérioraient le climat. Sous la plage tranquille, s'accumulaient les pavés. Le contexte international joue aussi un rôle. Dans de nombreux pays développés, des Etats-Unis au Japon, de l'Allemagne fédérale à l'Italie et à la France, une fraction de la jeunesse s'insurge contre la guerre du Vietnam et les bombardements américains qui s'intensifient. ...

  • "Un bouleversement comportemental et culturel"

    Patrick Viveret, alors étudiant en philosophie à Nanterre, a participé aux événements de 1968. Le philosophe et essayiste, qui fut l'un des animateurs du courant autogestionnaire dans les années 1970 et qui continue d'être actif dans les mouvements altermondialistes, pointe l'absence de langage propre à Mai 68 pour exprimer les revendications du mouvement. Quel rôle avez-vous joué en mai 68 ? Le 22 mars 1968, j'avais 20 ans, j'étais étudiant en philosophie à Nanterre et je résidais à la cité universitaire. ...

  • Les sixties : un cercle économique vertueux

    Se plonger dans l'économie française des années 1960 fait du bien ! On se retrouve dans un pays en pleine transformation depuis la Seconde Guerre mondiale et qui a trouvé la recette pour allier efficacité économique, croissante et redistribution. Tout le contraire d'aujourd'hui ! Pour autant, on ne peut faire de cette période l'âge d'or du capitalisme français. Des faiblesses structurelles y apparaissaient déjà, qui font toujours parler d'elles. A l'image de nombreux autres pays, la France des années 1950 connaît un profond bouleversement dans l'organisation du travail. ...

  • École : une massification spectaculaire mais inachevée

    En 1968, 19,6 % d'une génération obtenaient le baccalauréat. En 2014, cette proportion atteignait 78,3 %. Ces deux repères suffisent à mesurer l'ampleur des bouleversements qu'a connus le système scolaire sur la période. Ce phénomène de massification, comme on l'appelle, a en fait démarré une dizaine d'années avant 1968. La réforme Berthoin de 1959 met fin à l'examen d'entrée en sixième (remplacé par une admission sur dossier) ; elle acte également l'allongement de la durée de la scolarité de 14 à 16 ans à partir de 1967. Le but officiel est de diversifier les élites. ...

  • Âges : un coup de vieux, et alors ?

    Les moins de 20 ans représentaient un tiers de la population en 1968. Cinquante ans plus tard, leur proportion s'est réduite à un quart, autant que les plus de 60 ans, qui formaient moins de 20 % du total en 1968. En cinq décennies, la population a pris un coup de vieux, comme en témoigne la progression de l'âge moyen, passé de 35 à 41 ans. Parallèlement, on a vu apparaître les concepts de "troisième âge" et de "quatrième âge" pour distinguer, au sein des personnes âgées, ceux qui ne travaillent plus et les plus dépendants. ...

  • Travail : du plein-emploi au chômage de masse

    La différence la plus spectaculaire entre 1968 et aujourd'hui sur le marché du travail concerne la place que les femmes y occupent : il y a cinquante ans, quasiment deux fois moins de femmes que d'hommes occupaient un emploi ; aujourd'hui, ce ratio dépasse les 90 %. Une quasi-parité, bien qu'on soit encore très loin de l'égalité femmes-hommes dans la sphère professionnelle en matière de rémunération ou de responsabilités. ...

  • Femmes... au foyer

    Quelle élégance à l'heure de faire la popote ! Le fabricant de cuisinières qui, en 1967, a choisi ce mannequin élancé pour faire sa pub présente l'image d'une femme épanouie dans ses escarpins. Mais surtout devant ses fourneaux. A l'époque, 80 % du temps de travail domestique sont assumés par les femmes [["1968-2008 : évolution et prospective de la situation des femmes dans la société française", par Pierrette Crosemarie, Conseil économique, social et environnemental, 2009, https://lc. ...

  • Économie : changement d'échelle

    Depuis 1968, la France connaît la crise. L'Hexagone a été confronté quasiment en permanence à des difficultés économiques sérieuses, tandis que la courbe du chômage s'est envolée. Pourtant, l'économie hexagonale s'est quand même développée de façon significative : selon les données de la Commission européenne, le produit intérieur brut (PIB) par habitant, soit la quantité de richesses produites chaque année rapportée à la population du pays, a été multiplié par 2,4 en cinquante ans, si l'on élimine l'impact de l'inflation. Il est ainsi passé de 13 600 euros en 1968 à 32 500 euros en 2018. ...

  • État-providence : une France pas très sociale en 1968

    L'année 1968 est censée marquer l'apogée d'une époque bénie - les Trente Glorieuses -, caractérisée par le plein-emploi et une forte intervention publique dans l'économie. Elle a été suivie depuis le début des années 1980 d'une longue période caractérisée par la volonté dominante chez les dirigeants politiques de déréguler l'économie et le social et de faire reculer l'action publique. ...

  • Revenus : le retour des inégalités

    La France de 2018 est beaucoup moins inégalitaire que celle de 1968. Contrairement à une vision enchantée du progrès, les vingt années de croissance qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale sont marquées par une forte progression des écarts de revenus : la France qui s'enrichit est d'abord la France qui va bien, celle des cadres. La pauvreté demeure massive. Plusieurs dizaines de milliers de personnes vivent dans les immenses bidonvilles d'Ile-de-France (Nanterre, Noisy-le-Grand, Saint-Denis…). Mai 1968 est aussi une révolte contre l'accaparement des revenus par une minorité. ...

  • Des bidonvilles pour les immigrés

    Les baraques de bois aux toits en toile goudronné ont flambé par deux fois en quelques semaines au printemps 1967, jetant à la rue les habitants du bidonville du Franc-Moisin, dans la commune de Saint-Denis, au nord de Paris. Des habitants d'origine portugaise, pour l'essentiel. En cette fin des années 1960, les exilés originaires de ce pays forment 8 % de l'ensemble des immigrés vivant en France (6,5 % de la population totale, contre 9,1 % aujourd'hui). Les deux premières nationalités demeurent les Italiens (26,6 % des immigrés) et les Espagnols (21,7 %). ...

  • Classes sociales : la vraie-fausse fin des ouvriers

    Au moment des événements de 1968, l'usine France tourne à plein régime. C'est la période faste des Trente Glorieuses. De l'agroalimentaire à l'automobile, on embauche à tour de bras, en "important" pour cela de nombreux immigrés. Le chômage n'existe presque pas, les syndicats restent bien implantés et le rapport de force joue en faveur des travailleurs. Les ouvriers veulent leur part du gâteau et ils l'obtiendront lors des accords de Grenelle de mai 1968. Mais l'euphorie sera courte. Au début des années 1960, la mine a déjà amorcé son déclin, entraînant des conflits sociaux. ...

  • Famille : des couples plus souvent choisis

    Mai 68 marque le début de profondes transformations de la famille. Les événements ne déclenchent pas une révolution, mais donnent le signal que les choses vont changer. Le mariage est encore à son apogée en 1972 (on en compte 416 000). Ensuite, les choses vont aller très vite : dix années plus tard, le nombre d'unions a baissé d'un quart ! Dans les années 1970, des évolutions en germe de très longue date sont traduites dans la loi : le remboursement de la pilule en 1974, le divorce par consentement mutuel et le droit à l'avortement en 1975. ...

  • Modes de vie : sous l'uniformisation, les disparités

    Vivement critiquée pour son artificialité au cours des années 1960, la "société de consommation" n'est pas tombée de son piédestal, mais elle a connu de profondes transformations. L'une des principales réside dans l'évolution des budgets que les Français y consacrent. L'alimentation, notamment, ne représente plus que 10 % de leur consommation, contre 17,5 % en 1968. De même, la part des dépenses allouées aux vêtements a été divisée par trois sur la période. ...

  • Logement : trop grands ensembles ?

    C'est bien gentil, les villes à la campagne, mais c'est loin de tout ! En ce mois de mai 1968, alors que les étudiants défilent sur les boulevards, les premiers habitants emménagent dans le quartier des Bergères. Il a été bâti sur d'anciens champs, transformés depuis 1960 en zone à urbaniser en priorité (ZUP). Et la ville à laquelle il appartient aujourd'hui (Les Ulis, dans l'Essonne) ne sera administrativement créée qu'en 1977. ...

  • Avoir 20 ans en 1968 et en 2018

    Les jeunes de 1968 sont-ils très différents de ceux d'aujourd'hui ? L'analyse de l'historienne Ludivine Bantigny et du sociologue Camille Peugny.


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